Du bruit

Par contre la sortie de la gare a été moins allègre : Marie avait décidé qu’on ne la plumerait plus, or on cherchait un taxi qui nous conduise aux jardins (encore Victoria, me semble-t-il) pour se mettre au frais (relatif) avant de rejoindre l’aéroport. Nos deux ambitions étaient évidemment contradictoires…

inde2010299.jpg

Aucun taxi ne voulait ouvrir son coffre pour mettre les sacs (j’ai décelé dans le coffre de l’un d’entre eux, dont on est d’ailleurs descendues, une bombonne qui avait toutes les apparences d’une bouteille de gaz – les taxis rouleraient-ils au gaz à Bombay ?), aucun taxi ne voulait enclencher son compteur, un autre n’a pas compris où on voulait aller. Bref, on est montées et redescendues illico de trois ou quatre taxis avant de trouver la perle rare. Cela n’aurait rien eu d’une performance si la manœuvre n’avait pas été aussi délicate – on était debout depuis 5h45, vidées par une journée de crapahutage intensif dans Bombay (moi, de surcroît, traumatisée par l’agresseur simiesque), déshydratées, trop grandes pour un taxi indien standard, sans parler des sacs qu’on ne pouvait bourrer dans l’habitacle qu’à force de contorsions. N’eût été que moi, j’aurais volontiers consenti à me laisser plumer jusqu’au dernier duvet pour nous épargner cette suée mémorable…

Je passe sur les vapeurs délétères expulsées par les véhicules en tout genre (sujet déjà évoqué ailleurs), mais un mot encore sur l’usage du klaxon : il est aussi essentiel au conducteur (qui en a parfois plusieurs échantillons) que l’air aux poumons. La rue est donc un incessant concert tonitruant de klaxons aux sons, tons, mélodies les plus variés et c’est proprement assourdissant. Je suppose que les quelques flics dévolus à la circulation sont intégralement sourds en quelques mois.

En tout cas, ça ne les incite pas à aider le piéton livré à lui-même dans les rues où règne la loi de la jungle. Il nous a fallu un moment pour comprendre que traverser une rue signifiait se jeter suicidairement dans le flot monstrueux en érigeant le bras dans un geste de protection aussi dérisoire que vain, et en espérant qu’on arriverait à swinguer entre les véhicules qui se ruaient carrément sur nos frêles silhouettes… Plus d’une fois, j’ai empoigné sauvagement le bras de Marie pour l’arrêter, persuadée qu’elle courait à sa mort. Au bout de quelques tentatives, nous avons saisi le truc : nous jeter dans la circulation en utilisant d’autres passants engagés un peu en avant comme boucliers humains ! Ça a marché : nous avons survécu.

Une Réponse à “Du bruit”

  1. mariemarianne dit :

    note du grouillot qui met en page: oui, j’avoue la bande son illustre la circulation à Marrakech; mais là, je dois dire que, pour le bruit, l’Inde m’a beaucoup rappelé mes vacances au Maroc. Non, l’inde, c’est plus pire

Laisser un commentaire