Les bêtes et nous


Pendant que je m’extasiais devant chaque arbre un peu tordu ou massif, Marie n’en avait que pour les bestioles en tout genre, et son appareil-photo (car, en plus de ses nombreuses responsabilités – bourse commune, Lonely Planet, anglais total fluent contrairement au mien, négociation des prix pour le meilleur et pour le pire, et j’en passe – c’était elle qui faisait office de reporter-photographe), son appareil, donc, crépitait sans relâche devant la plus infime bestiole.

Or c’était souvent des vaches (atavisme ? Résurgence d’un ancien karma ?), qui d’ailleurs chérissaient instinctivement Marie… au point que l’une d’elle tenta de s’installer sur ses genoux, tâchant irrémédiablement son pantalon blanc de la boue du lac de Mahabaleshwar.

On a aussi vu un cavalier aussi digne qu’un Saint-Cyrien juché sur sa monture au beau milieu d’un sévère embouteillage de rickshaws à Hyderabad, des dromadaires nonchalants dans la même circulation intense, sans parler d’un troupeau considérable de chèvre sur un balcon, d’une poule sur un stand de cigarettes et d’un cafard égaré dans un bus délabré qui devait nous conduire d’Hyderabad à Pune. Quant aux écureuils rayés, Marie a bien failli les rater, le temps qu’elle dégaine, ils s’étaient bien souvent carapatés.

Mais le pompon, ça a quand même été ces pseudo-homuncules de singes. Quoiqu’il faille distinguer : les premiers que nous avons rencontrés dans les environs de Mahabaleshwar se sont très bien comportés – perchés comme il se doit sur des arbres, ils posaient complaisamment devant l’appareil pris de délire de Marie, sautaient souplement de branche en branche ou grignotaient les reliefs des repas humains. Bref, ils agissaient aussi convenablement que l’on peut l’espérer de cette engeance.

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Il faut cependant déplorer que les singes d’Elephanta Island ne se soient pas, pour leur part, comportés en parfaits gentlemen. Certes, de nombreux panneaux spécifiant « beware of monkeys » parsemaient l’île, mais qui s’en serait sérieusement inquiété avant de devenir victime desdits bestiaux ? Pas moi, en tout cas, qui portais notre futur déjeuner (tomates, concombres et oranges) dans un sac en plastique et me félicitais insidieusement de ne pas transporter de surcroît l’énorme provision de cacahuètes et noix de cajou achetées à Mahabaleshwar – encore une charge dévolue à Marie : ce n’est pas en vain que je me surnomme « l’assistée de service », et toute honte bue, je pourrais même ajouter « la profiteuse de service »). 0n avançait donc innocemment vers le site imposant des grottes dédiées à Shiva quand un coup aussi brutal qu’inopiné faillit me démettre l’épaule ! Je me retournai et avisai un salopard de petit singe de rien du tout qui venait de m’arracher le fameux sac en plastique rempli de victuailles. Et sans se faire voir, dans mon dos ! Par réflexe, je m’approchai de lui pour protester mais l’animal me lança un regard si furieux – je préfère ne pas évoquer davantage son affreux rictus – que je me ravisai. Et le monstre de fouiller très anthropomorphiquement le contenu du sac pour faire son choix. Il jeta d’abord son dévolu sur deux belles tomates, dont il enfourna une dans sa gueule pour se libérer une main afin d’emporter aussi une orange. Marie et moi assistions à la scène, totalement impuissantes, muettes et médusées… quand un valeureux Indien se précipita en gesticulant pour arracher son butin à la Bête. Il parvint à sauver l’orange – de toute façon, les tomates prémâchées par le singe, on n’en voulait plus, non mais des fois !

Autant dire que depuis, on regarde ces intéressantes bestioles d’un œil autrement plus suspicieux.

 

2 Réponses à “Les bêtes et nous”

  1. leboissetier dit :

    Je ne savais pas Marie que tu aimais les bêbêtes !!
    Quant à toi Marianne, restes comme tu es !!! C’est ce qui fait tout ton charme !!
    Continuez en tout cas, vous me faites bien rire !!

  2. Marianne dit :

    Au sujet de ces sales cafards de singes, j’ai oublié de mentionner le regard extasié de Thibault quand je lui ai demandé quels animaux rôdaient en Inde : « Des singes… » a-t-il dit avec un air de gamin à qui on a donné un bonbon… Se l’était pas encore fait piquer par un singe !

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