Marianne et le cordonnier

13 mars, 2010

Marianne et moi sommes cernées par les magasins de chaussures:  Mahabaleshwar, en particulier, en est l’épicentre;Marianne craque mais s’inquiète de la fragilité apparente de son acquisition: qu’à cela ne tienne, les rues sont pleines de cordonniers; on en trouve un beau:

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il ne parle pas l’anglais : aussi entreprends-je les négociations avec son voisin, marchand de chaussures. Une fois, le prix défini, notre cordonnier entreprend de découper un pneu qui fera office de semelle.

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Comme je demande si je peux prendre l’artisan en photo, son voisin, non seulement m’en donne l’agrément mais demande à être lui aussi immortalisé, puis en réclame une troisième pour le coiffeur qui jouxte son échoppe.

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Puis il sort son portable et me prend en photo: comme ça, tout le monde est content; Marianne prise par cette frénésie, se saisit de l’appareil photo et me mitraille

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scènes de vie quotidienne

13 mars, 2010

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Les marchés parsèment les rues; aussi succombons-nous rapidement à la tentation de manger fruits et légumes malgré les nombreuses mises en garde que nous avons reçues.

 

et prenons-nous l’habitude indienne de manger des samoussas debout sur le trottoir tous les midis comme le font les indiens.

Chacun travaille même si certaines de ces occupations nous semblent parfois dérisoires: ainsi, voyons nous souvent un femme en train de balayer son bout de trottoir au milieu d’un amas d’immondices.Nous avons d’ailleurs passé les premiers jours nos déchets à la main à la recherche d’une poubelle; il a fallu nous rendre à l’évidence : la poubelle n’existe pour l’instant que dans les lieux les plus occidentalisés de l’Inde et .. à Mahabaleshwar!!

Certains s’assoient donc au milieu des déchets et trient

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La blancheur du linge reste un mystère pour nous: les fleuves sont pollués et sales, le linge sèche souvent sur des toits en tôle, les indiens vivent dans des bidonvilles crasseux et ils sont d’une propreté immaculée..

Le temps des colonies

10 mars, 2010

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l’Empire britannique a laissé son empreinte partout- quoique…..rectification….., très peu dans le parler anglophone-

Des demeures immenses, des gazons qu’on coupe au ciseau- le bonheur de posséder un sous-prolétariat: l’un coupe au ciseau tandis que l’autre balaie la pelouse-, la conduite à gauche et…. le cricket: religion nationale, le sport dont parlent les journaux, les chauffeurs de taxi et auquel se livre tout indien dès qu’il dispose d’un moment: les grooms dans le parc de l’hôtel, les enfants dans la rue avec un morceau de bois,

Notre expérience la plus proche du « blanc occidental », nous l’eûmes à Puné dans notre hôtel décrépi certes mais jadis grande demeure coloniale : les grooms y courent par dizaine au moindre coup de sonnette: hallucinant!

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Cette sensation de parenthèse temporelle se trouve d’ailleurs accentuée par la saleté, la misère et le bruit du quartier environnant, à proximité de la gare.

Quant aux grooms qui accourent au moindre coup de sonnette, qui dorment la nuit dans les couloirs, il semblerait qu’il s’agisse de conditions de travail tout à fait habituelles en Inde: ils sont multifonction , l’un d’entre eux nous a proposé dans la même conversation de : laver notre linge, nous trouver un taxi , nous organiser le voyage jusqu’à Goa et , de désespoir, un massage…inde2010100.jpg

Du bruit

9 mars, 2010

Par contre la sortie de la gare a été moins allègre : Marie avait décidé qu’on ne la plumerait plus, or on cherchait un taxi qui nous conduise aux jardins (encore Victoria, me semble-t-il) pour se mettre au frais (relatif) avant de rejoindre l’aéroport. Nos deux ambitions étaient évidemment contradictoires…

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Aucun taxi ne voulait ouvrir son coffre pour mettre les sacs (j’ai décelé dans le coffre de l’un d’entre eux, dont on est d’ailleurs descendues, une bombonne qui avait toutes les apparences d’une bouteille de gaz – les taxis rouleraient-ils au gaz à Bombay ?), aucun taxi ne voulait enclencher son compteur, un autre n’a pas compris où on voulait aller. Bref, on est montées et redescendues illico de trois ou quatre taxis avant de trouver la perle rare. Cela n’aurait rien eu d’une performance si la manœuvre n’avait pas été aussi délicate – on était debout depuis 5h45, vidées par une journée de crapahutage intensif dans Bombay (moi, de surcroît, traumatisée par l’agresseur simiesque), déshydratées, trop grandes pour un taxi indien standard, sans parler des sacs qu’on ne pouvait bourrer dans l’habitacle qu’à force de contorsions. N’eût été que moi, j’aurais volontiers consenti à me laisser plumer jusqu’au dernier duvet pour nous épargner cette suée mémorable…

Je passe sur les vapeurs délétères expulsées par les véhicules en tout genre (sujet déjà évoqué ailleurs), mais un mot encore sur l’usage du klaxon : il est aussi essentiel au conducteur (qui en a parfois plusieurs échantillons) que l’air aux poumons. La rue est donc un incessant concert tonitruant de klaxons aux sons, tons, mélodies les plus variés et c’est proprement assourdissant. Je suppose que les quelques flics dévolus à la circulation sont intégralement sourds en quelques mois.

En tout cas, ça ne les incite pas à aider le piéton livré à lui-même dans les rues où règne la loi de la jungle. Il nous a fallu un moment pour comprendre que traverser une rue signifiait se jeter suicidairement dans le flot monstrueux en érigeant le bras dans un geste de protection aussi dérisoire que vain, et en espérant qu’on arriverait à swinguer entre les véhicules qui se ruaient carrément sur nos frêles silhouettes… Plus d’une fois, j’ai empoigné sauvagement le bras de Marie pour l’arrêter, persuadée qu’elle courait à sa mort. Au bout de quelques tentatives, nous avons saisi le truc : nous jeter dans la circulation en utilisant d’autres passants engagés un peu en avant comme boucliers humains ! Ça a marché : nous avons survécu.

Les transports indiens

9 mars, 2010

 

Hélas nous n’avons pas expérimenté le train, pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé à Pune (le gourou, l’attentat, l’hôtel dans « un bâtiment colonial joliment délabré », dixit le Lonely Planet). Mais nous nous trompions de carrosse : seul l’autobus (Volvo, flambant neuf, à en croire la pub) conduisait à Mahabaleshwar.

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Cependant, avant qu’un Indien obligeant, se proposant de nous assister dans la transaction, ne nous indique qu’aucun train ne conduisait dans ces montagnes (après coup, nous avons compris pourquoi : le relief ne se prêtait pas à la construction d’une voie ferrée), nous avions fait la queue et constaté qu’il fallait retirer un formulaire assez conséquent à un distributeur, le remplir en indiquant nom, lieu de destination et autres données mystérieuses (bigre ! dans quel alphabet ?), le remettre à une vendeuse de billets installée devant un ordinateur antédiluvien et attendre qu’elle délivre un billet qui nous paraissait de plus en plus chimérique. Toutes ces démarches nous ont donc été évitées. Mais nous avons mieux compris pourquoi il y a tant de gens qui trient le papier à recycler dans les poubelles.

 

            Par contre nous avons  tâté de la gare Victoria de Bombay (je crois me souvenir que c’est son nom) pour y déposer nos sacs à la consigne avant l’avion du soir.

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Ça ne nous a pas pris cinq minutes. D’abord, il a fallu trouver la consigne. Là un étranger anglophone nous a obligeamment conseillées : il fallait avoir un billet de train à présenter pour déposer ses bagages (ayant déjà effectué l’ensemble de la manœuvre, il nous a généreusement offert le sien) et surtout faire scanner nos sacs. Nous nous rendons donc à un portique qui avait tout l’air de son homologue d’aéroport, devant lequel un flic débonnaire attendait le chaland. Ah, oui, il voulait bien scanner nos sacs, mais il nous fallait des petits papiers que le préposé à la consigne devait préalablement coller sur les sacs… Nous retournons donc à la case consigne et par gestes nous faisons comprendre à l’employé qu’il nous faut ses petits papelards, il en scelle les fermetures de nos sacs à dos et nous voilà reparties au scanner. Le flic, qui se marrait franchement, a dûment estampillé nos bagages et nouveau retour à la consigne. Présentation du passeport (assez systématique en Inde, même dans les cybercafés), paperasse à remplir, affichage d’un ticket de consigne à grand renfort de colle sur les sacs, et à nous la liberté ! Je crois que nous avons passé une bonne demi-heure à la gare. La manœuvre inverse a été beaucoup plus brève, car Marie – à qui on peut faire confiance – n’avait pas égaré notre récépissé.

Devenir Gourou: la voie de la richesse

5 mars, 2010


Avant que d’arriver à Puné, une question se posait à nous: Pourquoi un ashram- note de l’auteur: pour les ignares et autres incultes, la maison du gourou et de ses gentils fidèles- a-t-il été une des cibles de l’attentat anti-étrangers?

Et puis, après lecture du Lonely Planet- décidément, c’est une bible-et découverte des frais à payer pour suivre les préceptes du grand Bhagwan Rajneesh, d’autres interrogations virent le jour:

petit résumé:(tarifs 2004; depuis…):

550 roupies l’enregistrement aux cours d’introduction, 250, le passeport de méditation(?), 150pour chaque robe: une première bordeaux le jour-les rues sont pleines de robes bordeaux à tête blanche-, une seconde ,blanche le soir, 50 roupies, les photos à faire obligatoirement sur le site-il n’y a pas de petits profits-250 par jour pour la méditation uniquement-après il faut se loger et se nourrir_ ..et..220 roupies le test HIV obligatoire!?

Le grand gourou, connaisseur de l’âme humaine, sait interpeller ses frères ô combien humains et leur montre les chemins de la sagesse:  » seul l’orgasme sexuel peut conduire à l’orgasme universel ». Ben voyons et après on s’étonne que quelques intégristes s’énervent et posent des bombes!

Bref, on n’a qu’une photo d’une esquisse de semblant de toit car le lieu en question est cerné par la police qui protège – l’argent?

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Hygiène (antiphrase)

3 mars, 2010

 

Ce voyage aura eu au moins une vertu : décomplexer Marie au sujet de son rapport prétendument laxiste à la propreté (moi, je n’avais rien remarqué avant ce voyage, mais depuis…)inde2010161.jpg

Il est vrai que les conditions de vie en Inde ne sont pas propices au maintien constant d’une hygiène parfaite.

D’abord la poussière est partout, surtout quand il fait une température supérieure à 30 °C, c’est-à-dire la majeure partie de la journée. Marie était particulièrement touchée, car elle circulait en sandales (de sport, n’allez pas croire), quant à moi, j’ai rapidement abandonné les sandales de corde achetées à Hyderabad pour me vautrer dans des baskets bien plus confortables. Je n’avais que mes chaussettes à laver (mission impossible : la latérite est tenace).

Quant à nos vêtements, raidis chaque jour de sueur et de poussière, nous avons pris le parti de les laisser tremper  chaque soir dans une vague lessive… ça ne lavait pas au sens complet du terme, mais ça rinçait un peu. D’ailleurs le pantalon blanc de Marie acquérait chaque jour une nouvelle tache indélébile (du moins dans lesdites conditions). Il faut avouer que le rouge fait plus propre…inde2010112.jpg

Nous entretenions en revanche une hygiène corporelle des plus scrupuleuse : deux douches par jour au bas mot, sans compter les innombrables bains de pied que Marie croyait devoir s’infliger – pas seulement à cause des sandales, mais aussi parce que la plus petite manœuvre dans la salle de bains donnait lieu à une inondation généralisée : comme il n’y a pas de bac de douche, l’eau s’évacue par une bonde dans un coin, inde2010129.jpget en l’absence de toute pente susceptible de diriger l’eau dans ce sens… Côté salle de bains, c’est vrai que la propreté n’était pas franchement frappante : à Pune, le miroir n’avait pas vu d’éponge depuis quelques années, et les toilettes n’avaient rien à envier à celles d’un TGV après une panne de 24 h en rase campagne. Mais l’eau était souvent (pas toujours) propre.inde2010127.jpg

Je passe rapidement sur les gaz d’échappement très denses et putrides, dont nous avons tenté assez vainement de nous prémunir en nous camouflant derrière des foulards quand nous circulions en rickshaw… Il fallait de toute façon choisir : soit les cheveux volant en tout sens, soit les bronches définitivement ravagées. Nous avons parfois opté pour la solution la plus féminine – car nous le valons bien.inde2010092.jpg

Hygiene et nourriture

3 mars, 2010

L’un dans l’autre, Marie était plus frappée par la crasse que moi, cependant elle a réussi un exploit de détachement quasi fanatique : on nous avait amplement répété et seriné de faire bien attention à ce que nous mangions, mais poussée par son insatiable gloutonnerie, elle a dévoré jusqu’à la dernière miette ce que je pourrais soupçonner d’être un poison violent. A Mahabaleshwar, l’heure du déjeuner approchait, nous trions du regard les échoppes de nourriture pour choisir la plus conforme aux normes européennes d’hygiène (dans tous les cas, c’était assez loin du compte), par gestes et signes, nous faisons comprendre que nous voulons deux samoussasinde2010111.jpg. Jusque là, tout va bien. Puis le vendeur demande si on veut de la poudre de perlimpinpin dessus, Marie avide de goûts nouveaux acquiesce avec enthousiasme… et voilà notre vendeur qui enfonce un pouce puissant (à l’ongle carrément douteux) dans chacun des samoussas, pour y verser sauce, herbes, piments et autres ingrédients. Je me suis vue mentalement tomber raide d’horreur. Pas Marie.inde2010163.jpg

Elle a tout mangé, moi j’ai laissé les parties enfoncées. Il faut croire que le piment a tué les microbes : Marie n’est pas morte !

 Effectivement, j’ai tout mangé mais, après tout, comme nous sommes l’une et l’autre  incapables de décrire ou simplement de nommer ce que nous avons ingéré ( non pas ingéré mais dégusté avec volupté), je pense que ma soi-disant inconscience n’est que la manifestation de ma sagacité….

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Il manque la photo du cafard!

1 mars, 2010

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Les bêtes et nous

1 mars, 2010


Pendant que je m’extasiais devant chaque arbre un peu tordu ou massif, Marie n’en avait que pour les bestioles en tout genre, et son appareil-photo (car, en plus de ses nombreuses responsabilités – bourse commune, Lonely Planet, anglais total fluent contrairement au mien, négociation des prix pour le meilleur et pour le pire, et j’en passe – c’était elle qui faisait office de reporter-photographe), son appareil, donc, crépitait sans relâche devant la plus infime bestiole.

Or c’était souvent des vaches (atavisme ? Résurgence d’un ancien karma ?), qui d’ailleurs chérissaient instinctivement Marie… au point que l’une d’elle tenta de s’installer sur ses genoux, tâchant irrémédiablement son pantalon blanc de la boue du lac de Mahabaleshwar.

On a aussi vu un cavalier aussi digne qu’un Saint-Cyrien juché sur sa monture au beau milieu d’un sévère embouteillage de rickshaws à Hyderabad, des dromadaires nonchalants dans la même circulation intense, sans parler d’un troupeau considérable de chèvre sur un balcon, d’une poule sur un stand de cigarettes et d’un cafard égaré dans un bus délabré qui devait nous conduire d’Hyderabad à Pune. Quant aux écureuils rayés, Marie a bien failli les rater, le temps qu’elle dégaine, ils s’étaient bien souvent carapatés.

Mais le pompon, ça a quand même été ces pseudo-homuncules de singes. Quoiqu’il faille distinguer : les premiers que nous avons rencontrés dans les environs de Mahabaleshwar se sont très bien comportés – perchés comme il se doit sur des arbres, ils posaient complaisamment devant l’appareil pris de délire de Marie, sautaient souplement de branche en branche ou grignotaient les reliefs des repas humains. Bref, ils agissaient aussi convenablement que l’on peut l’espérer de cette engeance.

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Il faut cependant déplorer que les singes d’Elephanta Island ne se soient pas, pour leur part, comportés en parfaits gentlemen. Certes, de nombreux panneaux spécifiant « beware of monkeys » parsemaient l’île, mais qui s’en serait sérieusement inquiété avant de devenir victime desdits bestiaux ? Pas moi, en tout cas, qui portais notre futur déjeuner (tomates, concombres et oranges) dans un sac en plastique et me félicitais insidieusement de ne pas transporter de surcroît l’énorme provision de cacahuètes et noix de cajou achetées à Mahabaleshwar – encore une charge dévolue à Marie : ce n’est pas en vain que je me surnomme « l’assistée de service », et toute honte bue, je pourrais même ajouter « la profiteuse de service »). 0n avançait donc innocemment vers le site imposant des grottes dédiées à Shiva quand un coup aussi brutal qu’inopiné faillit me démettre l’épaule ! Je me retournai et avisai un salopard de petit singe de rien du tout qui venait de m’arracher le fameux sac en plastique rempli de victuailles. Et sans se faire voir, dans mon dos ! Par réflexe, je m’approchai de lui pour protester mais l’animal me lança un regard si furieux – je préfère ne pas évoquer davantage son affreux rictus – que je me ravisai. Et le monstre de fouiller très anthropomorphiquement le contenu du sac pour faire son choix. Il jeta d’abord son dévolu sur deux belles tomates, dont il enfourna une dans sa gueule pour se libérer une main afin d’emporter aussi une orange. Marie et moi assistions à la scène, totalement impuissantes, muettes et médusées… quand un valeureux Indien se précipita en gesticulant pour arracher son butin à la Bête. Il parvint à sauver l’orange – de toute façon, les tomates prémâchées par le singe, on n’en voulait plus, non mais des fois !

Autant dire que depuis, on regarde ces intéressantes bestioles d’un œil autrement plus suspicieux.

 

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